Les personnels du Neues Stadttheater de Teplitz-Schönau

 Vue d’ensemble

 

Le théâtre de Teplitz-Schönau a toujours mobilisé, entre 1924 et 1944, plus de 100 collaborateurs, et jusqu’à 150 au début des années trente. Ces personnels se répartissaient en diverses catégories: administratifs, techniques, artistiques (décorateurs, musiciens et choristes) et enfin la troupe proprement dite (acteurs et chanteurs).

Les personnels administratifs et techniques

Les personnels administratifs, une bonne dizaine autour de la direction, constituaient un Büro dirigé par un Bürochef, bras droit du directeur (Herman Tizman sous Höllering, puis Rudolf Lindner sous Ettinger et Kennemannn, Hans Rainer sous Hurrle et enfin Edith Lamla durant l’ère nazie). Il y avait aussi un ou une secrétaire (voire deux), un bibliothécaire, un aide chargé du théâtre (qui fut Sigmund Greuzinger de 1927 à 1933) et un autre de l’opérette (poste qui fut invariablement occupé par Mizzi Arbesmann de 1924 à 1940). Il y avait encore un ou une responsable de la caisse (Hilde Hamm de 1924 à 1933, puis Walter Müller-Prem jusqu’en 1936 et ensuite Grete Sieber sous Hurrle), un « inspecteur du bureau » enfin, fonction remplie de 1924 à 1933 par Wilhelm Walenta. Il y avait aussi un juriste attaché au théâtre, le plus souvent Herbert Birnbaum jusqu’en 1935 puis Hugo Knöpfmacher sous Hurrle. De même un médecin, qui fut d’abord longtemps le docteur Karl Zeh puis, sous Hurrle, le docteur Berhard Neubauer.

Les personnels techniques furent dirigés, dès 1927 et jusqu’en 1940, par Richard Zikesch (dont l’épouse, Gisa Dorn-Zikesch, fut aussi chanteuse d’opérette au théâtre de 1927 à 1933)

L’équipe technique, comprenant selon les périodes entre 15 et 20 personnes, s’occupait de l’entretien du théâtre (ménage, électricité, réparations) et du matériel pour les spectacles (projecteurs, montage des décors, accessoires…). Beaucoup restaient très longtemps au théâtre, certains connurent même tous les directeurs de Franz Höllering à Franz Stoss, comme Johann Bayer ou Ferdinand Kiesbauer (promu chef à l’avènement des nazis, tout comme ensuite Hugo Proch présent depuis 1931). Au nombre d’une quinzaine en général, ces personnels techniques furent jusqu’à plus de 20 au début des années quarante, avant que les effectifs ne fondent en 1943-44 pour cause de « guerre totale ».

Ces personnels administratifs et techniques du théâtre étaient très généralement recrutés sur Teplitz et ses environs, en tout cas dans les Sudètes. Ce fut le cas aussi des musiciens de l’orchestre que la municipalité mettait à la disposition du théâtre (une cinquantaine d’instrumentistes), des choristes (toujours entre 12 et 15 hommes et autant de femmes) et des membres du ballet (une douzaine de danseurs hommes et femmes sous Höllering, jusqu’à une quinzaine sous Hurrle quand la maître de ballet était Mizzi Popp). Aussi ces différents corps de métiers artistiques étaient eux aussi plutôt stables, beaucoup passaient des années au théâtre et le renouvellement des effectifs en 1938 y fut moins radical que dans la troupe proprement dite.

Signalons encore les souffleurs (un pour le théâtre et l’autre pour l’opérette), assez souvent renouvelés, et le coiffeur attaché au théâtre, qui resta le teplitzois Franz Hlawtsch sans discontinuer de 1924 à 1940. Signalons enfin le cas particulier d’Arno Bosselt, qui, s’il fut occasionnellement acteur, fut surtout durant cinq saisons (1935-1940) chargé du Bühnenbild, en fait, bien plus que décorateur, une sorte de responsable des tableaux scéniques en collaboration avec les metteurs en scène.

La troupe

Le recrutement de la troupe, c’est à dire des acteurs, des chanteurs et des metteurs en scène pour le théâtre, l’opéra (jusqu’en 1935) et l’opérette, était tout autre. Comme celui des chefs d’orchestre, il se faisait sur une aire beaucoup plus large, en fait toute celle de la scène germanophone (c’est à dire dans presque toute l’ancienne Autriche-Hongrie, en Allemagne et en Suisse).

Dans les années vingt, sous les directions Höllering et Ettinger (eux mêmes originaires de l’Empire Austro-Hongrois), le recrutement de la troupe se faisait aux trois quarts (voire à plus de 80% pour les chanteurs) au sein de l’aire culturelle viennoise, en Autriche, à Prague ou dans les régions germanophones de la Bohème et de la Moravie (Brunn). Les teplitzois et particulièrement leurs élites culturelles se sentaient alors encore bien plus proches de Vienne, leur ancienne capitale, que de Berlin, Munich ou même de la proche Dresde.
La troupe comportait en général une douzaine d’acteurs et 7 ou 8 actrices, une petite dizaine de chanteurs d’opéras et 5 ou 6 cantatrices et enfin une bonne dizaine de chanteurs d’opérette, hommes ou femmes (mais il arrivait bien sûr que des acteurs ou des chanteurs d’opéras renforcent l’effectif pour telle ou telle opérette). Sur ce vaste ensemble, il n’y eut jamais, jusqu’en 1929, plus de 23% de citoyens allemands. Les artistes allemands furent un peu plus nombreux sous la direction Kennemann (lui-même allemand), sans dépasser cependant 33% de l’effectif. Si les originaires de l’Empire de François-Joseph restèrent toujours majoritaires, la proportion d’Allemands augmenta toutefois encore sensiblement à partir de 1934 (Richter puis Hurrle), par l’embauche d’un nombre important d’émigrés fuyant le Reich. De 1934 à 1938, la part allemande de la troupe oscilla entre 40 et 43% (cf. biographies).
Paradoxalement, la part d’Allemands du « Altreich » chuta de nouveau (à peine 30%) après le rattachement au 3ème Reich. Il est vrai que le viennois Franz Stoss engagea à partir de 1940 nombre de viennois parmi ses « Vorstände » (artistes principaux): Ludwig Blaha, Wolfgand Dörich, Edgar Fuchs, Richard Eggarter, Hanns Dafert, Susi Peter ou Gertie Sitte étaient tous viennois et nés à Vienne.

Si le renouvellement de la troupe fut généralement progressif, les départs et les arrivées échelonnés, il existe deux exceptions, deux circonstances où ce renouvellement fut brutal et massif.
Ce fut d’abord le cas avec l’arrivée du directeur Carl Richter, en 1934, qui ne reprit que 3 acteurs (Karl Ranninger, Viktor Saxl et Joseph Wichart) de la période précédente et aucune actrice (et seulement 1 ou 2 chanteurs).
Ce fut le cas ensuite au moment de l’arrivée des nazis à Teplitz. Curth Hurrle, malgré ses efforts pour garder ses acteurs « aryens » (il proposa notamment à Ilse Kennemann de la réengager) ne retrouva en 1938-39 que 3 acteurs (Rolf Schneider, Ernst Wagner et Leo Maly) et 3 actrices (Grete Elb, Leonie Dielmann et Martha Hartmann) de l’année précédente et aucun chanteur ni aucune cantatrice. Après le départ de Hurrle en 1940, il ne resta au théâtre de Teplitz aucun membre de la troupe de 1937-38, ni acteur, ni chanteur, ni metteur en scène.

Les personnels du théâtre, jusqu’en 1938, étaient largement syndiqués au Bund der deutschen Bühnenangestelten in der CSR. De 1924 à 1935, le secrétaire de la section locale fut l’acteur Karl Ranninger, assisté d’abord par le baryton Willi Ubl (jusqu’en 1929) puis par la basse Hermann König (jusqu’en 1933). Les choristes Hans Dewelak et Viktor Justian, le technicien Franz Böhm furent eux aussi longtemps membres du bureau de ce syndicat. Une fois Teplitz tombé sous la coupe nazie, l’organisation laissa place à une section locale de la Reichstheaterkammer, dirigée de 1940 à 1944 par le zélé Carl Grytzmann (acteur), assisté (jusqu’en 1943) par le chanteur Norbert Scharnagl.

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